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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 21:14

Quand on pense au Tibet, on pense avant tout au Dalaï-Lama, à la méditation et à la paix. Pourtant, le Tibet est un pays en proie à une violente répression, et aujourd'hui encore, des atrocités sont perpétrées. Anne-Sophie, lors de son voyage au Tibet, a entendu et vu des choses effroyables. Elle raconte.

Par Anne-Sophie Faivre Le Cadre Observatrice

Edité par Gaëlle-Marie Zimmermann   Auteur parrainé par Philippe Szykulla

Samedi dernier, les associations International Campaign for Tibet (ICT) et Free Tibet annonçaient l’immolation d’un quinzième Tibétain en l’espace d’un an. Cet évènement dramatique m'a remémoré mon séjour à Dharamsala, et le récit des familles d'émigrés tibétains dans lesquelles j'ai séjourné. Aujourd'hui, je ne puis plus les taire.

 

Manifestation de Tibétains en exil en Inde, contre la Chine en septembre 2011

Manifestation de Tibétains en exil en Inde, contre la Chine en septembre 2011 

 

Un peu d’histoire

Après l’invasion militaire chinoise du Tibet dans les années 1950, puis l'insurrection de la population tibétaine en mars 1959 contre l’occupant (et une annexion de fait), le quatorzième dalaï-lama, accompagné de près de 80.000 fidèles, s’enfuit.

Pour échapper aux violentes répressions,il demande l’asile politique aux pays voisins. Il trouve refuge en Inde, à Dharamsala, et y établit le gouvernement tibétain en exil.

Dharamsala, bourgade située aux contreforts de l'Himalaya, à 12 heures de route de New-Dehli et 1700 mètres d’altitude, est devenue la capitale mondiale de la culture tibétaine et le dernier phare de sa diaspora.

Au-delà de la frontière, l’anéantissement

Ce chemin d'exil qu'a pris le Dalai Lama, d'autres l'empruntent de jour en jour, encore et toujours. Beaucoup d’entre eux ont du traverser l’Himalaya pour échapper au joug du régime chinois. Au cours de ce terrible périple dans les glaces du toit du monde, tous ont perdu une part d’eux-mêmes.

Lhamo, qui a été mon guide au quartier général de l'association Free Tibet, a perdu l’usage de son œil droit au cours de la traversée, l’un des verres de ses lunettes s’étant brisé. Dawa, sa fille, âgée de quatre ans au moment des faits, a été la cible des gardes-frontières chinois.

Elle a reçu deux balles dans la jambe, et n’a pu être opérée à temps. Les médecins indiens qui l’ont prise en charge, trop tard, n’ont pu que l’amputer.

Lhamo et Dawa ne sont pas des cas isolés.

Tout promeneur, à Dharamsala, croisera sur son chemin des dizaines de ces exilés qui portent en leurs âmes et en leurs corps les stigmates d’une traversée dont beaucoup ne sont jamais revenus. L’on n'en vient à ne même plus s'en émouvoir, tant le nombre de victimes collatérales de l’invasion chinoise est élevé.

En Chine : l’obsession de l’éradication

Jamais je ne pourrai oublier le témoignage de cette femme qui m'a hébergée et nourrie pendant les quelques jours qu'a duré mon séjour à Dharamsala. Un soir, autour du feu, elle s'est assise, et elle a raconté.

Elle a raconté comment, de l'autre côté de la frontière, l'on pille, l'on chasse et l'on tue ceux qui ont le malheur d'être nés tibétains. Comment l'on emprisonne les nonnes et les moines qui refusent de préter allégeance au régime chinois.

Comment, dans la prison de Drapchi, à Lhassa, l'on affame, l'on bat, l'on viole au moyen de matraques électriques ces hommes et ces femmes dont le seul tort est celui de défendre la liberté.

Comment, dans les hôpitaux, l'on fait des nouveaux-nés tibétains des morts-nés en leur injectant de l'éthanol dans le crâne. Comment l'on avorte des femmes jusqu'au neuvième mois de grossesse.

Enfin, elle m'a raconté comment l'on avait stérilisé de force sa nièce de quatorze ans, ainsi que toute sa classe. Un médecin du gouvernement était venu au sein même du collège, et, entouré d'une meute de policiers, avait pratiqué l'intervention barbare à même le sol, sans la moindre anesthésie ni médication.

Ce récit surréaliste, j'aurai voulu ne pas y croire. Mais j'ai rencontré, au cours de mon voyage, des femmes qui portaient ces tortures en leur chair, pour les avoir vécues.

Paradoxes

Dharamsala, ville d'exil plus que ville de plaisir, est pourtant devenue un lieu touristique incontournable du nord de l’Inde. Miroir de la perte de toute une civilisation, elle est peuplée d'étranges paradoxes: les instituts de yoga et de méditation avoisinent avec des salons de piercing, ou des échoppes procurant les licencieux massages de petites prostituées de quinze ans.

Cependant, des dizaines d’occidentaux en mal d'exotisme y viennent chaque année pour revêtir le costume rouge et jaune des moines, et vivre, le temps de quelques semaines ou quelques années, l’expérience d’un engagement tout aussi spirituel que politique.

Des cars entiers de touristes venus du monde entier sillonnent la ville, le temps de quelques brefs sourires apitoyés égrenés sur quelques photos souvenir. Si d’aucuns peuvent voir en la présence de ces passagers une forme de voyeurisme malsain, au moins a-t’elle le mérite d’attirer l’attention et de faire connaître une civilisation en voie d’extinction.

La culture tibétaine devra-t ’elle paradoxalement sa sauvegarde au tourisme ? Ce dernier est-il une manière de contrer le génocide culturel dont elle souffre depuis des décennies, ou bien d’accélérer un processus d’acculturation, qui se fait autant par la milice chinoise que par le tourisme international ?

Nul ne le sait. Espérons au moins que les média, quand ils parleront à l’avenir du Tibet, le feront pour narrer une prise de liberté du peuple et non une énième immolation.


                                                                                                                                              LF

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Published by Tibet Solidarité 29 (rédacteur)
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commentaires

Islamo Confucianiste 28/02/2012 03:45

Il faut faire appel au Dalai Lama pour régler le conflit palestinien. Le Dalai lama est la personne idéale pour donner son avis sur le statut de réfugiés palestiniens. Ainsi, les Palestiniens
auront aux yeux des occidentaux le même que celui des Tibétains. On lui posera d 'autres questions: est il moral de bombarder Gaza? Le Tibet doit il avoir le même traitement que Gaza de la part des
Chinois? Il pourra aussi se prononcer sur les frappes chirurgicales sur l' Irak et l' Afghanistan. Après tout, s' il veut se présenter comme n' importe quel dirigeant responsable et chef spirituel
, il doit le faire. D' autant plus que le Thangka de Kalachakra est témoin du contact pacifique entre le monde Tibétains et le, monde musulman. C' est aussi une bonne occasion d' entente entre les
religions les scientifique: Bouddhisme et Islam.

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  • : Parce qu'il est urgent d'agir pour: le peuple tibétain,la richesse de sa culture, les enseignements exceptionnels véhiculés par de grands érudits,les messages d'humanité de sagesse et de compassion,le symbole de paix suscité à travers le monde. Quelques volontaires ont décidé de créer un Comité de Soutien au Peuple Tibétain" (Dpt 29) appelé Tibet Solidarité 29
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